Malpertuis – Jean Ray

Comme second livre pour l’Astro Book Challenge, j’ai jeté mon dévolu sur « Malpertuis » de Jean Ray, qui vient valider la catégorie La lune de sang du menu Les mystère du ciel.

Éditeur : Alma
Publication originale : 1943
Genre : Fantastique, horreur, surréaliste
Nombre de pages : 186

Malpertuis ! C'est la première fois que le nom coule, d'une encre lourde, de ma plume terrifiée. Cette maison imposée comme point final de tant de destinées humaines, par des volontés terribles entre toutes, j'en repousse encore l'image ; je recule, j'atermoie, avant de la faire surgir au premier plan de ma mémoire. D'ailleurs, les personnages se présentent moins patients que la maison, pressés sans doute par la brièveté de leur terme terrestre. Après eux, les choses demeurent, comme la pierre dont se font les maisons maudites.

J’avais déjà entendu parler plusieurs fois de ce roman d’épouvante sans jamais m’y attarder. Présenté comme un grand classique du genre au même titre que le mythe de Cthulhu (mais à la belge!), c’est un roman que je ne suis pas prête d’oublier! Et quelle aventure! Je recherchais quelque chose qui s’inscrive réellement dans le style gothique car c’est au final quelque chose que j’explore très peu et ce bouquin revenait constamment au cours de mes recherches. J’ai fini par me laisser convaincre par la hype qui semblait rassembler autant de personnes autour de ce livre. J’ai vu des avis très positifs, des critiques construites et argumentées, des personnes qui criaient au génie et d’autres qui crachaient carrément sur l’œuvre. Je ne vais pas vous le cacher, j’étais vraiment curieuse de découvrir ce qui se cachait derrière tant de réactions, et je n’ai pas été déçue…

Je suis forcée de constater que je n’étais pas prête à recevoir cette claque littéraire. Entre la multiple narration, la tension présente tout au long du récit, l’intrigue ou les curieux personnages qui peuplent le livre, j’ai moi aussi été happée par Malpertuis. Ce roman est désorientant, comme une sorte de mise en abîme par rapport à l’un des personnage principaux qui ne comprend absolument rien à ce qui lui arrive et qui découvre avec effroi, l’horrible secret qui se cache dans dans la maison qui est désormais la sienne. À la fois fantasque, presque carnavalesque, il m’a laissée perplexe plus d’une fois. On y retrouve les codes de la littérature gothique mais en même temps un côté un peu bon enfant bien de chez nous.

J’ai beaucoup aimé me plonger dans cet univers, soyons honnête, complètement surréaliste et me creuser la tête en tentant de comprendre ce qu’il se passait. Je pense qu’il me faudra plusieurs jours afin de me sortir l’histoire de la tête car c’est ce genre de livre qui nous suit. Si vous ne l’avez pas encore lu et que ça vous parle, ne vous renseignez pas dessus car vous risquez de vous faire révéler toute l’intrigue (j’ai fait une petite recherche pour m’aider à vous le présenter et j’ai été heureuse d’avoir attendu la fin pour le faire). Il existe également une adaptation cinématographique de l’œuvre pour les plus téméraires, l’affiche en dit long sur le contenu donc gardez-vous la surprise pour la fin 😅.

The Year of the Witching – Alexis Henderson

Samhain arrive à grand pas et c’est dans un livre complètement witchy que je me suis lancée pour l’occasion! The Year of the Witching d’Alexis Henderson est un livre qui n’a pas (encore) été traduit en français et dont la suite est prévue pour 2021. Il est le premier roman de l’auteure et il valide la sous-catégorie Les écailles de mélusine du menu Automne des Enchanteresses du PAC. J’ai choisi les mots-clefs : féminisme et transformation, bien que « métamorphose » pourrait également s’appliquer. Etant donné qu’il n’existe pas encore de résumé en français, je vais faire de mon mieux pour retranscrire l’original sans pour autant trop en dévoiler.

Éditeur : Paperback
Publication originale : 2020
Genre : Dark fantasy, gothique, horreur
Nombre de pages : 368

L'histoire se déroule dans une société rigide et puritaine et place en son centre une héroïne marginale. Alors que la lumière et la toute puissance du prophète sont adulée, Immanuelle se découvre des pouvoirs tout droits sortis de l'obscurité... A Bethel, son existence même est un blasphème, car elle est le résultat de l'union de sa mère rebelle et d'un étranger, d'une autre "race". Immanuelle tente donc de s'intégrer du mieux qu'elle le peut, évitant les tentations et en totale soumission, comme le sont les femmes sous l'autorité du prophète. Un jour pourtant, ses pas seront attirés vers les bois maudits où Immanuelle croisera le chemin des esprits des sorcières qui y ont un jour vécu... Elle apprendra alors la vérité sur Bethel, son église et sa véritable histoire, décidera t'elle de se plier à l'autorité ou tentera t'elle de renverser le système établi?

Je me suis lancée dans la lecture de ce livre suite aux nombreuses publicités et critiques que j’avais pu en voir sur le net. Le thème me parlait, le côté féministe m’attirait et j’étais un peu contente de me lancer à nouveau dans une lecture en anglais. Après réflexion, je me demande si une traduction ne m’aurait pas plu d’avantage car j’ai en fin de compte trouvé le style assez pénible à lire. Pour le dire dans d’autres mots : j’ai galéré. On ne sait pas très bien où et dans quelle époque se déroule le récit : un futur dystopique, une communauté recluse à l’époque actuelle ou encore un retour au moyen-âge? Tout est possible, mais ce qui est ressorti du style s’apparentait, du moins dans mon imaginaire, comme appartenant à une façon de parler qu’on pourrait rencontrer au 16ème ou 17ème siècle. Je me suis posée beaucoup de questions quant au cadre accueillant l’histoire car on nous présente Bethel (la ville?) comme un écrin protégée du monde extérieur, qu’y a t’il en dehors de ses murs? Le mystère est complet et j’espère que le second tome pourra éclaircir ces quelques points d’ombres. 

Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, je l’ai trouvée très intéressante et pertinente car malgré son côté surnaturel, elle tend un miroir à la société dans laquelle nous vivons. L’histoire nous est présentée sous l’angle du prophète et de sa dictature « éclairée », si on peut appeler ça ainsi. Tout du long, j’ai perçu Bethel tantôt comme une secte à grande échelle tantôt comme un reflet des régimes religieux extrémistes. Comme durant l’inquisition on brûle les gens qui n’entrent pas dans le moule, on craint la sorcellerie et on place tout ses espoirs dans un sauveur unique, détenteur d’une vérité. Et comme dans notre société actuelle, il y a un racisme et un sexisme systémique profondément ancré dans la culture de Bethel. Fort heureusement, notre héroïne trouvera quelques bribes d’autres vérités et n’hésitera pas à remettre en question tout ce qu’on lui a inculqué, malgré l’oppression ambiante. Il existe une dimension très critique et féministe dans ce livre et j’ai apprécié la complexité du personnage principal ainsi que l’absence de dualité. Immanuelle ne se défini pas comme « bonne » ou « mauvaise », elle EST et tente d’agir selon sa conscience et ce qui lui semble juste. Il m’a fallu beaucoup de temps pour assimiler et déconstruire ma lecture mais j’en garde une très bonne expérience, même s’il a été compliqué à lire pour moi. J’ai été surprise et agréablement étonnée de la tournure qu’à pris l’histoire ainsi que de la double lecture féministe qu’on peut en faire.